Couper plus pour gagner plus

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S’arrêter au beau milieu d’une coupe ? Mettre à la porte les clientes d’un salon qui patientent à l’heure de la fermeture ?

Impossible dans le monde de la coiffure. Dans toutes les entreprises, en cas de surcroît d’activité, il est possible, à la demande de l’employeur, que ses salariés travaillent en plus des 35 heures de travail hebdomadaires.

Ces heures supplémentaires effectuées au-delà de la durée légale du temps de travail ouvrent le droit à une majoration de salaire ou, sous certaines conditions à un repos compensateur de remplacement.

Notion délicate

En coiffure, la notion est à prendre avec des pincettes. Depuis 2008, les heures supplémentaires d’un salon doivent être inférieures au contingent de 200 heures par année civile, comme le prévoit la convention collective. Les 8 premières heures travaillées en plus sont rémunérées à + 25 % du salaire de base, au-delà, à + 50 %.

« L’employeur peut choisir de remplacer cette majoration de salaire par un congé ou un repos compensateur, explique Philippe Thouron de la FNC. C’est souvent cette option qui est choisie dans les salons. »

En pratique

Si les textes sont clairs, qu’en est-il de la pratique ? « Ce sont toujours des arrangements un peu officieux, raconte Guillaume Douessin, salarié. On va grappiller vingt minutes par là, on part plus tôt si on est parti tard la veille. Mais personne ne pointe dans les salons : les heures sup sont inévitables, elles font parties de notre activité. Je me vois mal claquer la porte au nez de mes clientes ! »

Une improvisation, avec les heures supplémentaires, qui semble répandue dans les salons de coiffure. « Bon nombre des entreprises du secteur sont des TPE qui emploient trois salariés en moyenne. Il n’y a pas de dispositif de contrôle des horaires, aucune formalité pour s’assurer du respect de la loi, expose Philippe Thouron, vice-président chargé du dialogue social et paritaire. Les heures supplémentaires peuvent devenir ainsi une source de conflit au sein d’un salon. »

Avec un salaire minimum conventionnel de 1 555 euros pour un coiffeur qualifié avec dix années d’expérience, bon nombre de coiffeurs cherchent à faire des heures sup pour arrondir leurs fins de mois. « Gagner sa vie en 35 heures avec la coiffure ? C’est dérisoire ! Si on travaille au-delà c’est évidemment pour gagner mieux », lance Guillaume. Mais gare au « burn out ».

Pour Éric Pfalzgraf, fondateur de Coiff1rst, la coiffure doit rester un plaisir. Dans son salon, l’intéressement au chiffre d’affaires est supérieur à ce que peuvent gagner ses coiffeurs en heures supplémentaires, afin de ne pas faire baisser la qualité du travail.

« Il m’est déjà arrivé de refuser à un employé de faire des heures supplémentaires. Chaque coiffeur a ses limites physiques : je ne veux pas payer des heures de présence en plus, sauf exceptionnellement pour un travail de qualité. Avec 35 heures par semaine, on peut faire déjà un super boulot. »

« Il faut se méfier, ajoute Guillaume. Le risque est grand d’être déçu par le métier : il peut arriver de donner beaucoup pour pas grand-chose en retour… »

Anne Claire Genthialon

*Taj, invité à la rédaction :

« Nous exerçons un métier de service, il est strictement régi par le code du travail. Mais je pense que le chef d’entreprise et les salariés peuvent aménager les règles en respectant le droit de chacun.

Mes collaborateurs ont toujours pu, lorsque que c’était possible, bénéficier de temps libre aux heures creuses. En contrepartie, travailler au-delà de ces horaires journaliers n’a jamais posé de problème à quiconque. Nous oeuvrons tous pour la satisfaction de nos clients. »