Coloration : cheveux texturés, osez la couleur !

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Rassurées par les coiffeurs formés à la coupe multitexture, les femmes à cheveux frisés, bouclés ou crépus se laissent de plus en plus tenter par des services techniques comme la coloration ou le balayage. Quatre expertes, formatrices et coiffeuses de talent livrent leurs recettes autour de dix questions.

NOS EXPERTES

AUDE LIVOREIL-DJAMPOU, fondatrice Studio Ana’e

ALINE TACITE, fondatrice des salons Boucles d’ébène Studio.

MAGALI DONDON, fondatrice du salon Miss Mag Paris

ÉLODIE EUSTON, fondatrice du salon Élodie Euston Paris



1/ QU’EST-CE QUI DIFFÉRENCIE UNE TECHNIQUE SUR CHEVEUX TEXTURÉS ?

Aline Tacite : Selon le type de cheveux et le résultat attendu, l’approche sera différente. On va prendre en compte la texture, le volume naturel, la définition de la boucle… Mais aussi comment la cliente porte ses cheveux. Dans le cas d’un balayage, si elle est accro aux brushings, on préférera l’appliquer sur un cheveu détendu. Si elle les porte plutôt naturels, on travaillera en synergie avec les reliefs naturels, à main levée, afin de respecter le mouvement de la boucle.

Élodie Euston : Sur des textures très frisées et crépues, le cheveu sec à tendance à s’emmêler et à gonfler davantage. Il faut donc utiliser un peigne démêloir et appliquer généreusement le produit de la racine à la pointe car le cheveu gonfle.

Magali Dondon : Le cheveu texturé est plus réactif qu’un cheveu lisse. Et plus la frisure est importante, plus le cheveu est fin donc sensible. Forcément, il faudra utiliser des produits plus doux.

2/ COMMENT LES PRODUITS AGISSENT-ILS SUR CHEVEUX BOUCLÉS, FRISÉS OU CRÉPUS ?

Aude Livoreil-Djampou : Plus fin, plus poreux et sensibilisé, le cheveu texturé va donc être plus perméable au produit qui diffuse plus rapidement dans la fibre. Lors d’un éclaircissement, il faudra être vigilant. Il risque d’être plus clair en racine avec la chaleur. Et plus le cheveu est frisé, plus c’est vrai. C’est pour cela qu’il faut choisir des oxydants moins forts.

Aline Tacite : Les cheveux texturés sont plus fragiles, plus secs et souvent plus poreux. Les produits chimiques pénètrent plus rapidement car la cuticule est plus ouverte. Cela demande donc une formulation plus douce et un rinçage et une neutralisation très rigoureux. Un excès d’oxydation peut assécher ou détendre la boucle, ce qui impacte la beauté du cheveu.

3/ LE TEMPS DE POSE EST-IL LE MÊME QUE SUR UN CHEVEU LISSE ?

Aline Tacite : Oui. Cependant, il y a des particularités à prendre en compte. Le cheveu texturé étant plus poreux, il absorbe plus vite les pigments, mais peut aussi les relâcher plus vite. Le temps de pose peut alors être légèrement réduit. Pour une décoloration, le suivi visuel est de rigueur.

Magali Dondon : Oui, à peu près, si on utilise du 10 ou 20 volumes maximum pour l’oxydant. Cela stabilise le fond d’éclaircissement. J’utilise très peu de chaleur. S’il y a déjà eu de la chimie sur la chevelure, alors je mise sur une chaleur douce les dix dernières minutes avant de rincer.

4/ LES ERREURS À NE PAS COMMETTRE ?

Alice Tacite : Bâcler le diagnostic capillaire. Décolorer un cheveu déjà sensibilisé. Oublier de faire des soins préparatoires pour protéger la fibre. Ignorer la porosité du cheveu, ce qui entraîne des reflets non désirés. Utiliser des techniques de balayage trop marquées : le contraste peut casser l’harmonie du cheveu bouclé. Enfin, négliger l’ordonnance de soins post coloration.

Élodie Euston : Je n’utilise jamais d’aluminium, qui peut avoir un effet assouplissant voire lissant et même cassant sur la boucle.

Aude Livoreil-Djampou : On a tendance à penser que sur une base foncée, il faut utiliser un oxydant puissant. Sur cheveux texturés, c’est tout le contraire ! 7 tons avec 10 ou 20 volumes, c’est bien pour préserver la cuticule. Autre erreur : appliquer le produit sur une surface plane. Comme pour la coupe, il faut travailler en volumes. Enfin, évitez les techniques de crêpage sur une frisure intense.

Magali Dondon : La coloration ne doit pas être appliquée sur un lissage. Éviter les brushings le jour de l’éclaircissement et le mois qui suit. Cela dénature le cheveu et les femmes se plaignent d’avoir perdu leurs boucles. Autre erreur : appliquer des éclaircissements s’il y a eu du henné.

5/ VOS CONSEILS POUR RÉUSSIR UNE BELLE COLORATION ?

Aude Livoreil-Djampou : Quel que soit le produit utilisé, ce qui compte, c’est qu’il contienne de la cosmétique pour protéger la fibre. Pour faciliter l’application, il faut démêler les cheveux avant
puis bien préparer ses sections. Tout doit être optimisé car le produit agit vite.

Alice Tacite : Préparer le cheveu en amont avec des soins renforçateurs. Travailler avec des colorations douces. Bien hydrater et nourrir le cheveu après la pose. Éduquer la cliente sur l’entretien à la maison.

Élodie Euston : La cliente n’est pas éduquée aux dommages que les produits techniques peuvent faire sur la fibre. Il faut savoir la réorienter si on sent que le cheveu ne résistera pas. Enfin, il faut lui imposer une routine de qualité qu’elle devra suivre à la maison.

6/ ET POUR RÉUSSIR UN BALAYAGE ?

Magali Dondon : Ces femmes, qui portent souvent les cheveux naturels, cherchent des éclaircissements doux. Il faut prendre en compte des volumes et soigner les placements en fonction de son coiffage. J’utilise ma méthode Sunkiss à effet soleil, avec un positionnement de mèches tout autour de la tête. On évite de faire des séparations trop fines qui ne se verront pas sur l’ensemble de la masse.

Aude Livoreil-Djampou : Sur une grande chevelure, cela peut être long. D’où l’intérêt de miser sur des oxydants plus doux et prévoir deux bols – avec différents niveaux d’oxydation – pour le devant et le derrière. Il faut y aller doucement, car cela peut vite virer au blond platine ! Le placement des mèches doit être précis et régulier. Sur cheveux crépus, comme ils se rétractent et qu’ils sont plus perméables, cela peut faire des taches.

Aline Tacite : Travailler en surface, en transparence, en respectant la structure de la boucle. Préférer des techniques à main levée pour des résultats plus naturels. Protéger la fibre avec des additifs type Olaplex ou bond builders. Neutraliser les reflets avec des toners adaptés aux bases foncées.

Elodie Euston : Utiliser des oxydants plus faibles et surveiller le temps de pose. Quand je veux éclaircir de deux ou trois tons, je privilégie un superéclaircissant pour éviter de décolorer.

7/ LES TENDANCES QUI SÉDUISENT LES CLIENTES EN 2025 ?

Élodie Euston : J’ai pas mal de demandes de coloration tête entière. Cela laisse place à des marron, châtains, acajou… Je fais attention à ne pas trop oxyder la racine – 10 volumes en racines contre 20 ou 30 volumes sur les longueurs. Elle reviendra tous les quatre mois pour faire ses racines, un gloss sur les longueurs et un soin.

Aline Tacite : Les colorations miel, chocolat ou cuivrées en général. Beaucoup de clientes souhaitent apporter de la lumière sans décoloration. C’est possible sur un cheveu naturel avec l’utilisation de booster ou de superéclaircissant. Quelques demandes plus franches, violet, rouge ou blond froid très clair.

Aude Livoreil-Djampou : Comme nos clientes ne sont pas habituées à faire des couleurs, elles ont envie de découvrir ce service avec des teintes lumineuses de caramel, de mocha ; des beiges ou même des mèches bordeaux.

8/ QUI DE LA COLORATION VÉGÉTALE ?

Aude Livoreil-Djampou : La coloration végétale, c’est génial ! À condition de bien comprendre à quoi ça sert et ce qu’on ne peut pas faire avec. Elle n’éclaircit pas, par exemple. Mais elle permet de rester sur la même hauteur de ton, voire de foncer légèrement tout en donnant du corps.

Aline Tacite : La clientèle est très sensible à la coloration végétale. Sur cheveux naturels, elle permet de raviver une couleur, de gagner en brillance et d’épaissir la fibre. Elle couvre les cheveux blancs et donne des reflets très naturels. Attention : elle a tendance à assécher les cheveux très frisés à crépus et elle n’est pas compatible avec une coloration d’oxydation.

9/ LES SOINS À APPLIQUER AVANT ET APRÈS ?

Aline Tacite : Avant, une cure réparatrice (protéines végétales, kératine, collagène), un masque fortifiant une à deux semaines avant. Après, un masque nourrissant après chaque lavage, des soins sans rinçage et une protection thermique, un traitement restructurant une fois par mois.

Élodie Euston : Avant une technique, j’applique Métal Détox de L’Oréal Professionnel pour enlever tout résidu d’aluminium. Si la cliente a trop de produits sur les cheveux, on fait un shampooing détoxifiant et clarifiant. Quand une cliente fait une transformation, on lui suggère fortement un soin profond comme Absolute Repair Molecular de L’Oréal, Olaplex ou Tokio Inkarami.

Aude Livoreil-Djampou : Si la cliente est fan des bains d’huile, il faut faire un bon shampooing pour éviter les taches et les irrégularités sur les zones où l’huile est déposée. On applique un shampooing et un démêlant correspondant à la gamme technique utilisée. Après, on bascule sur une gamme curl pour le soin.

Magali Dondon : Le jour J, j’applique un soin profond comme le soin Tokio Inkarami ou Filler Therapy de Nashi Argan. Après la technique, j’applique un soin avec de la kératine pour compenser la perte.

10/ VOS PRODUITS PRÉFÉRÉS ?

Aline Tacite : Davines pour la coloration. K18 pour le soin.

Élodie Euston : Les produits L’Oréal Professionnel et particulièrement Bonder Inside. Mais aussi Olaplex, les produits Wella Professionals avec un plex.

Aude Livoreil-Djampou : Chez L’Oréal, j’aime la poudre décolorante 7 tons Blond Studio avec une cire qui protège la cuticule. Les produits de décoloration de Davines avec une belle cosmétique.

Magali Dondon : J’aime les produits Rodolphe & Co pour les cheveux naturels. S’ils sont déjà colorés, j’utilise la gamme sans ammoniaque de Kevin Murphy ou Blondor de Wella Professionals.

Avant -Après

par Aline Tacite

par Élodie Euston

par Magali Dondon

par Aude Livoreil-Djampou

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