La désertification salariale selon Stéphane Amaru

Taille du texte: A A A

Depuis quelques années, l’embauche est devenue vraiment problématique. Les sonnettes d’alarme ont commencé à clignoter, mais personne n’avait prévu une telle pénurie ! Il ne se passe pas une semaine sans qu’un collègue coiffeur me demande d’activer mon réseau pour l’aider à embaucher.

 

Aujourd’hui, le constat est le suivant : certains patrons hésitent à grossir ou à ouvrir un autre salon, de peur d’avoir plus de clients que de coiffeurs prêts à coiffer.
C’est devenu si tendu dans certaines régions que les salons concernés se sont résignés et refusent des clients, et on en arrive souvent, désormais, à embaucher « le moins pire »…

LE CONSTAT

Nos CFA peinent à recruter. Des classes de 10 élèves à peine qui abandonnent parfois après la première année, des établissements vieillots et des professeurs sans certification…
On n’enseigne pas les mêmes techniques suivant les régions, alors que l’éducation devrait proposer un référentiel unique. En bref, le secteur a besoin d’une bonne grosse réforme, car il ne fait plus rêver. Il faut aller au contact des collèges pour recruter et cela va bientôt devenir un énorme problème économique.

On en arrive souvent, désormais, à embaucher « le moins pire. »

Pour moi, notre Fédération est responsable du problème en continuant de faire passer le Brevet Professionnel à un maximum d’élèves juste après le CAP sans penser aux conséquences.

En Angleterre, pour le même nombre d’habitants, ils ont 30 000 salons – plus de 60 000 chez nous. Ils n’ont pas de brevet et ne ferment pas plus de salons que nous… et ils n’ont aucun problème pour recruter. En France, en donnant le BP à tous, 70 % de nos salons se retrouvent avec le boss et un apprenti – car il ne coûte pas grand-chose –, alors qu’en Angleterre la moyenne par salon est de 5 salariés.
Notre Fédération n’a rien vu venir… 20 000 entreprises à domicile se sont installées, soit cinq fois plus en cinq ans. Pas de BP, pas de TVA, pas de salariés ni de local, et beaucoup de cash non déclaré… Vous voyez le problème ?

Ceux qui sont au chômage après un accord à l’amiable ou un prud’homme sont protégés derrière les murs de Pôle Emploi et sont tranquilles pendant deux ans.
Des maladies psychosomatiques invérifiables sont apparues, validées par un médecin qui fidélise à coup de congés maladie qui nous coûtent une fortune.
Entre ceux qui montent leur salon, ceux qui travaillent à domicile, ceux qui sont protégés par le médecin, ceux qui sont au chômage… il n’en reste plus beaucoup sur le marché !
Nos organisations syndicales doivent proposer un vrai projet ! La coiffure, ce n’est pas que du lobbying, c’est aussi et avant tout de l’action et des résultats.

LES SOLUTIONS

Il faut réformer la méthode d’éducation. Aucun chef d’entreprise ne dira le contraire ! Il faut que nos jeunes soient prêts et aptes dès le CAP. Ce n’est possible qu’en changeant de méthode.
Il faut uniformiser l’enseignement et faire passer des évaluations à ceux qui s’occupent de nos apprentis. Ainsi, les professeurs doivent être réévalués par des certifications, et il est important de faire intervenir des privés car ce sont eux qui
embauchent.
Le BP ne doit pas être proposé à quelqu’un qui a moins de dix ans de coiffure, et ce dernier doit travailler pour un entrepreneur en montrant sa fidélité.

Il faut faire passer des évaluations à ceux qui s’occupent de nos apprentis

Aujourd’hui, le métier ne fait plus rêver. Il faut aller voir les élèves de 3e et leur expliquer ce qu’est notre super métier ! Dire que l’on ne gagne pas plus qu’un agent d’entretien et que les heures de travail sont plus nombreuses qu’ailleurs, c’est sûr, ça ne fait pas rêver ! Mais c’est faux…

Pour revaloriser le métier, il faudra passer par la réforme de l’éducation.
Pour recruter les meilleurs, faites-vous connaître, communiquez dans la presse professionnelle, faites votre collection photos, soyez présent sur Facebook, contactez les candidats directement, participez aux manifestations
de coiffure… Votre représentant peut vous aider car il visite beaucoup de salons, et connaît les salariés qui bougent ou veulent changer. Si vous ne faites rien, il ne se passera rien !

Il est important de tirer la sonnette d’alarme afin d’éviter, dans quelques années, le chaos économique et le découragement entrepreneurial.
Aujourd’hui, je demande expressément à notre syndicat de réagir très vite et d’avoir un projet sur la désertification salariale qui touche tous nos salons.

Catégories: Actualités