Décryptage : coloration et chaleur, oui ou non ?

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L’utilisation de la chaleur lors des services de coloration continue de faire débat dans les salons de coiffure. Longtemps considérée comme un atout pour améliorer la prise de la couleur et gagner du temps, cette pratique mérite aujourd’hui d’être réévaluée à la lumière des avancées techniques et des exigences croissantes en matière de respect de la fibre capillaire et de résultat couleur.

Sur le plan chimique, la chaleur accélère les réactions d’oxydation et favorise une ouverture plus rapide des cuticules. Elle permet ainsi une pénétration plus efficace des pigments au coeur de la fibre. Ce mécanisme s’avère utile dans certains cas. « L’utilisation de la chaleur doit être réfléchie et ajustée en fonction de la structure, de la porosité du cheveu et de la capacité d’accroche du pigment, explique Fabrice Parra, directeur technique et artistique international France et export des laboratoires Ducastel. Sur des cheveux plus résistants, des cheveux blancs difficiles à prendre, la chaleur peut être alors une aide mais cela ne doit pas être un réflexe. » Historiquement, certains produits étaient conçus pour être thermo-activés, nécessitant même une source de chaleur pour exprimer pleinement leur efficacité. « Aujourd’hui, ce n’est plus le cas chez L’Oréal Produits Professionnels et l’apport de chaleur est proscrit », souligne Claire Bonnefon, experte de marque L’Oréal Professionnel.



Les retours d’expérience permettent également de mesurer les effets de la chaleur sur le long terme. « Nous visons la précision, et la chaleur déstabilise l’équilibre du mélange des précurseurs et des oxydants, ajoute-t-elle. La couleur doit être jolie dans le temps. Or, la chaleur a tendance à déstabiliser le fond d’éclaircissement et si la révélation est trop forte, la tenue va être altérée. » Même constat chez Schwarzkopf Professional : « L’apport de chaleur n’est pas recommandé, rappelle Ayla Karataş, ambassadrice de la marque. Aujourd’hui, les technologies évoluent : certaines colorations agissent en dix minutes seulement, sans qu’il soit nécessaire de recourir à la chaleur ni de prendre de risques. » En effet, les colorations professionnelles actuelles sont, dans la grande majorité des cas, conçues pour être efficaces à température ambiante.

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Geoffrey Tentillier, directeur artistique du groupe Vog, illustre cela avec une métaphore parlante : « Utiliser la chaleur pour accélérer une coloration, c’est comme vouloir cuire un gâteau plus vite en montant la température du four : on prend le risque de brûler l’extérieur sans que l’intérieur ne soit bien pris. » Pour lui, « le danger est bien réel : réduire le temps de prise peut avoir non seulement des incidences sur le résultat coloriel, mais, en plus, chauffer des produits qui n’ont pas été formulés à cette fin peut aussi entraîner des sensations désagréables pour la cliente ». Cependant, si l’apport de chaleur est proscrit sur un formulaire de coloration, il peut être intéressant pour optimiser la décoloration. « Ajouter cinq minutes de pose sous la chaleur permet d’optimiser surtout dans les cas où on utilise des oxydants faiblement dosés, à 20 volumes par exemple », explique-t-il avant d’ajouter : « Il ne faut en aucun cas apporter de la chaleur sur des mèches enveloppées d’aluminium au risque de faire bouillir le cheveu. »

Tous s’accordent à dire que les gains de temps sont limités, dix minutes parfois vingt sur des protocoles qui durent plusieurs heures. Alors, est-ce vraiment utile de prendre un risque pour si peu ? « Qui va lentement va loin, rappelle Fabrice Parra. La demande de services express peut certes influencer le choix d’utiliser de la chaleur, mais ce n’est pas mon approche. Pour moi, l’objectif est d’optimiser l’efficacité sans sacrifier la qualité et le résultat. » Dans un contexte où la qualité prime, la chaleur ne devrait plus être une routine, mais une exception réfléchie.

Climazon, qui appartient à Wella Company, reste la référence en matière d’apport de chaleur même si aujourd’hui il est plus utilisé pour les soins profonds que pour le service coloration.

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