Rien ne le prédestinait à la coiffure. Et pourtant, ce Marseillais a connu une carrière fulgurante en studio, signant près de 200 couvertures des magazines de mode les plus prestigieux. Pour Biblond, il retrace ce parcours hors du commun. En toute humilité.

« Je ne suis pas né avec une brosse dans la main. Enfant, je n’ai pas coiffé ma mère ni coupé les cheveux des poupées de ma soeur », plaisante Nicolas Jurnjack, d’entrée de jeu.
Devenir un des coiffeurs-studio les plus influents ?
Un accident selon lui ! « L’école, ce n’était pas pour moi. Restait l’apprentissage. Travailler dehors ou en usine, en hiver, très peu pour moi. Alors, j’ai choisi la coiffure sans enthousiasme », poursuit celui qui a grandi dans une cité HLM de Marseille… Bien loin du glamour qui va, par la suite, teinter sa vie.
Résultats ?
« J’ai fait une dizaine d’entreprises en moins de trois ans. Puis, un jour, un photographe est entré dans le salon et a demandé si un coiffeur pouvait venir dépanner sur un shooting. On m’y a envoyé. Et là j’ai commencé à m’amuser ! » Un coup du destin qui va transformer sa vision du métier, axée sur l’image globale.
Découvrant un aspect du cheveu, « plus créatif, plus fluide, plus fou ». Autre coup de chance selon lui ? « J’étais dans un grand salon à Marseille. Je m’ennuyais quand une styliste du magazine Elle est venue nous solliciter pour assurer la coiffure sur un shooting sur la plage. » Conquise par son talent, la rédactrice de mode en redemande dès le lendemain.
Trois mois plus tard, il découvre son travail en couverture et décide de monter à Paris. « J’avais mes quelques photos sous le bras, 80 francs en poche et une amie d’amie qui me logeait. » Au culot, il toque à toutes les agences de mannequin. Il a 19 ans quand un photographe lui confie la coiffure de l’album d’une star japonaise… Un véritable coup d’accélérateur ! Soutenu par un agent, il se retrouve sur le shooting haute couture du Vogue France, avec la photographe Dominique Issermann. « Comme on ne connaissait pas mes compétences, il était prévu que je coiffe les mannequins de chapeaux. Le jour J, on m’a demandé de faire des essais dans un esprit gipsy couture. Et ça a plu ! » Un mois plus tard, son look en une du Vogue s’affiche en grand sur les kiosques. « D’un coup, j’étais sollicité de toutes parts, par les différentes éditions du Vogue. »
Toutefois, il le sait, pour transformer l’essai, il doit se perfectionner. « J’ai acheté deux têtes malléables et je suis allé à la BNF pour me documenter. Je me suis entraîné jour et nuit. » La suite, nous la connaissons… Les Fashion Weeks, les shootings aux quatre coins de la planète, les top models, Vogue, Vanity Fair, Harper’s Bazaar et les grandes maisons de luxe… « Je me retrouve même exposé au Louvre en 1996 avec le photographe Jeanloup Sieff ! » Couronné de prix, il est recruté en 1997 par le meilleur agent de New York et s’envole pour Big Apple. Des anecdotes passionnantes, Nicolas Jurnjack en a des centaines.
Parmi les temps forts, il cite le début des années 2000 quand le magazine Harper’s Bazaar lui donne carte blanche pour six pages de coiffure. « Je gérais toute la direction artistique et même le choix des mannequins. »
En 2019, après plus de trente ans de vie new-yorkaise et une expérience de directeur artistique pour le groupe Vogue Pacific (Japon, Taïwan, Australie…), il décide de rentrer en France. « J’avais envie de retrouver les terrasses, les gens de mauvaise humeur, la bonne pâtisserie. Contribuer à cette culture. » S’il voyage moins, il se lance encore et toujours des défis, notamment en tant que directeur créatif pour les marques Kydra Le Salon et Subtil (Laboratoire Ducastel).
Autre défi du moment ?
Après avoir vu quatre de ses créations exposées dans le cadre de l’exposition Des cheveux et des poils, au musée des Arts décoratifs de Paris, il reçoit des commandes de plusieurs musées nationaux et internationaux. « C’est une consécration pour moi. Ce sont des pièces qui feront partie d’expositions permanentes. Elles doivent avoir une pérennité d’un siècle. »
Et quel bilan tire-t-il de tout ça ?
« Les coiffeurs français sont les meilleurs. On parle toujours de la créativité anglosaxonne. Mais le chic et le bon goût, c’est ce que le monde entier reconnaît aux Français. »
Ses conseils aux jeunes ?
« Pour se faire une place, il faut avoir une solide culture. Connaître l’histoire. Avoir les références. La mode est un éternel recommencement ! »
@nicolasjurnjack

LES DATES DE SA VIE
1964 Naissance à Marseille. Grandit dans la cité HLM du Racadi.
1985 Signe sa première couverture au magazine Vogue.
1997 S’envole pour New York. Collabore pour Harper’s Bazaar puis devient directeur artistique de Vogue Australie.
2023 Participe à l’exposition « Des cheveux et des poils » au musée des Arts décoratifs de Paris en présentant quatre créations.




Biblond, pour les coiffeurs !








