Directeur artistique d’Alexandre de Paris, Jean-Luc Minetti, garant d’un héritage prestigieux, a donné à ce grand nom une nouvelle impulsion
C’est lors d’un show à Cannes que la carrière de Jean-Luc Minetti a pris un tournant. À l’époque, il a déjà créé son salon parisien et il rejoint l’écurie des coiffeurs collaborateurs de L’Oréal. À l’issue de son show, Monsieur Alexandre lui confie qu’il aime beaucoup son expression. « Il m’a assuré qu’un jour nous travaillerions ensemble, se souvient Jean-Luc Minetti. Dix ans plus tard, il m’a appelé pour me dire que le moment était venu : il me proposait de prendre le poste de directeur artistique de la maison. J’avais 35 ans, je n’ai pas hésité une seconde. »
Jean-Luc Minetti intègre une maison, emblème de la coiffure française, dont le savoir-faire est reconnu dans le monde entier. Le talentueux coiffeur prend tout de suite goût à son nouveau poste : « Nous avons la chance de recevoir une clientèle très variée : l’aristocratie, mais aussi les décideurs, des personnalités du gouvernement, des jeunes actrices… Ces clients sont très attachés à leur coiffeur et, au fil des années, se sont forgé des relations précieuses. J’ai une cliente que je coiffe depuis vingt-cinq ans, et j’ai coiffé ses filles pour leurs mariages… C’est un vrai attachement. »
Une mission de transmission
En parallèle de son travail en salon, Jean-Luc Minetti collabore avec les plus grands noms de la haute couture. Au fil des années, il a noué des liens très forts avec les créateurs. « Coiffer pour un défilé, cela demande de multiples rencontres et beaucoup de travail en amont. Il faut sentir l’histoire qui se cache derrière chaque création. » Parmi ses créateurs fétiches, Stéphane Rolland : « Il a une vraie vision de la femme, sa conception de la féminité n’est jamais ennuyeuse, mais moderne, contemporaine, élégante. » Comme le lui a enseigné Monsieur Alexandre, Jean-Luc Minetti ne renonce jamais aux défis : « Je me souviens de Thierry Mugler nous faisant des demandes insensées, notamment pour sa collection autour du thème des insectes. Nous lui disions que ce n’était pas possible, il répondait que ce n’était pas son problème ! »
Parmi ses sources d’inspirations, la rue, les magazines, un ballet à l’opéra, un éclairage qui le touche… « Il faut avoir un regard circulaire, savoir observer. Mes nombreux voyages m’apportent beaucoup. En mélangeant tout cela, on arrive à quelque chose de personnel. » Parmi ses projets, des mariages à New York, en Italie et en Arabie Saoudite ; un bal à Rome, pour lequel il prépare des coiffures extraordinaires ; mais aussi un show au Japon en juillet qui retracera cinquante ans de coiffure nippone. « La coiffure française plaît énormément à l’étranger, souligne-t-il. Notre savoir-faire impressionne. Il ne faut pas que cela se perde. En ce sens, nous avons une indispensable mission de transmission. »
ENTRE NOUS
Bio express
1978 : Ouverture de son premier salon parisien
1985 : Début de ses collaborations avec la haute couture
1989 : Coiffeur ambassadeur pour L’Oréal
Depuis 1990 : Directeur artistique d’Alexandre de Paris
Le chignon, ma marque de fabrique
La maison Alexandre de Paris a une vraie expertise dans les chignons. C’est un savoir-faire très technique, car même un chignon défait doit tenir ! Les tendances ont évolué, nous faisons des choses moins coiffées, mais les chignons restent d’actualité : les jeunes actrices veulent des effets spectaculaires de temps en temps, et les jeunes filles dans la rue se parent de headbands ! Je trouve cela charmant, c’est une vision contemporaine de la coiffure.
La cliente qui m’a le plus impressionné
Sophia Loren, et pourtant ce n’est pas la femme la plus « importante » que j’ai coiffée. Pour moi, c’était vraiment la star des années 1950. Elle est entrée, m’a tendu la main et s’est présentée : « Sophia ». Cela m’a touché qu’une femme si connue se présente. Quelle humilité !
Si je n’étais pas coiffeur…
Je serais décorateur. J’aime créer des décors éphémères pour des fêtes. Certaines clientes, devenues des amies, font appel à moi pour des réceptions. Prochainement, par exemple, je vais fabriquer des arbres en dragées pour un baptême ! Il est bon de s’échapper parfois de la coiffure.
Le beau, un impératif
Je n’aime pas la prouesse technique pour elle-même. Une coiffure doit toujours embellir la femme. Je vois parfois des créations qualifiées « d’avant-gardistes » qui ne sont pas jolies. Ce n’est pas parce qu’on est « avant-garde » qu’il faut négliger le beau ! J’aime les choses douces et élégantes. En ce sens, je suis un coiffeur à la française.
par Virginie de Rocquigny
Biblond, pour les coiffeurs !









