Tribune par Marc Thibault : barbier, l’offre et la demande

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La coiffure homme a été dévalorisée pendant plus de trente ans. Vendue au rabais et même délaissée dans les tendances. Les années 1980 voient l’arrivée en masse de la coloration et de la permanente, et toute la « cheveu sphère » s’engouffre alors dans ce phénomène devenu très rentable, délaissant complètement l’homme dans le salon de coiffure.

Quelques tendances émergeront tout de même pendant cette période : la brosse, le mulet, la crête ou encore la décoloration. Aucun vrai créateur capillaire pour les hommes, pour lesquels la plupart des tendances arrivent via le monde sportif, pendant que les femmes s’inspirent des créateurs de mode en nombre dans ce milieu féminin.



L’homme n’intéresse alors personne. Côté poil, ce ne sera pas beaucoup mieux ! Une époque où le poil n’est pas de mise. Le poil fait sale et négligé. Il restait tout au plus trois barbus historiques dans le village qui avaient depuis longtemps décidé de ne plus s’infliger la contrainte du rasage. La tendance était même plutôt à l’épilation.

Et arrive le big bang capillaire masculin ! Nous sommes en 2015 et arrivent les premiers visuels d’hommes qui ont des barbes incroyables, accompagnées d’un fondu américain, placardés sur toutes les vitrines et toutes les publicités pour homme. Un homme à la pilosité excessive fait parler de lui au même moment et deviendra même l’égérie de plusieurs marques. Je veux parler de Sébastien Chabal qui disputait en cette période une Coupe du monde de rugby et deviendra très vite le symbole du masculin en France. La barbe hipster ne fait donc plus sale… Elle habillera désormais l’homme de toute sa virilité.

Improbable ! Je n’y croyais pas. Je n’imaginais pas que six mois plus tard, plus de 50 % des garçons allaient se laisser pousser une barbe de bûcheron canadien. Mais le feu a pris. Ils testeront la barbe ! Plus ou moins courte, mais le poil est devenu tendance jusqu’à son entrée à Matignon en 2017 avec Édouard Philippe.

Chaque nouveau barbu, à longueur de journée, entendait des petites réflexions de ses congénère imberbes, ou même des femmes. Mais ils n’ont pas craqué ! Alors que faire de cette nouvelle toison ? Et comment entretenir ce fondu américain ? Les barbiers avaient disparu depuis bien longtemps. Ce métier est alors sur le point de renaître de ces cendres avec l’arrivée des premiers pionniers de la barbe et de la coiffure homme.

Madame veut bien accepter la barbe, mais il faut qu’elle soit entretenue, propre et sente bon. Cette barbe deviendra vite l’identité de l’homme. On ne dit plus « le gros », « le petit » mais « le barbu ». 50 % des hommes portent aujourd’hui la barbe en France, et il va donc falloir répondre à cette demande exponentielle !

Une nouvelle niche s’offre donc à des milliers de salons de coiffure et voit arriver une multitude de salons spécialisés. La demande devient donc exceptionnelle. Les salons spécialisés se verront très vite submergé par ce raz de marée capillaire. Le fondu américain, c’est tous les quinze jours sur le fauteuil du coiffeur, et la barbe presque autant. Certains voient leur carnet de rendez-vous complet sur des mois entiers.

Cela devient très vite lucratif. Maintenant, il faut l’entretenir, cette barbe. Il faut des huiles, des baumes et des shampooings pour adoucir et discipliner ces poils. Le barbu préfère le produit atypique tout droit sorti du shop de son barbier et il en redemande. Cette barbe est devenue sa toison et rien ne sera trop beau pour elle. Une aubaine… Le marché de la coiffure homme ne s’est jamais si bien porté. Des tendances, des créateurs font évoluer et vivre désormais ce marché qui ne pourra que croître. Ce fondu américain est devenu addictif et un véritable phénomène de société, tout comme la barbe. Tout se vend aujourd’hui au fauteuil du barbier. Une coupe, une taille de barbe, mais aussi un soin du visage ou une épilation.

Ceux qui l’ont compris arrivent à regagner de l’argent, pendant que d’autres s’épuisent à développer un marché féminin dont on a déjà fait le tour depuis longtemps. Les hommes sont devenus addicts au coiffeur barbier pendant que les visites clientes femmes s’espacent de plus en plus.