Le portrait d’Eve : les cheveux dans les yeux

Taille du texte: A A A

Ève Briat présente Les Cheveux dans les yeux, une émission qu’elle a imaginée pour sa chaîne YouTube Eve On Air, et qui donne la parole aux coiffeurs. Ève va plus loin et fait de ces interviews des parenthèses intimes, où les coiffeurs parlent librement. Elle partage avec nous ces moments privilégiés et nous propose aujourd’hui un portrait de Lucie Letz.

Lucie Letz est une jeune femme qui a autant de pep que son nom ! Elle est aujourd’hui installée à New York, et nous inaugurons ensemble la première interview via zoom.




L’exercice, loin de lui faire peur, la stimule et, malgré la distance, son énergie me permet d’entrer rapidement dans le vif du sujet. Lucie a 33 ans, elle a commencé à 15 ans en apprentissage chez Dessange, a poursuivi chez Toni & Guy à Bordeaux, puis chez Hapsatou Sy, alors fraîchement installée près des Champs-Élysées. Lucie précise qu’elle a beaucoup d’admiration pour cette femme qui a essayé de changer la vie d’autres plus minoritaires. Savoir travailler tout type de cheveux lui donne la force d’affiner sa jeune stratégie, cela développe son goût pour les autres et ce n’est sûrement pas un hasard si aujourd’hui elle habite à Manhattan dans le quartier de Harlem. Elle intègre ensuite l’équipe Alexandre de Paris pour acquérir les meilleures bases de la coiffure française et, en parallèle, elle travaille pour la matinale sur Canal + où elle coiffe Ariane Massenet. C’est une agence d’intérim spécialisée dans l’audiovisuel qui lui ouvre les portes de France 24 où elle coiffe tous les intervenants.
Inlassablement, Lucie se forme à tous les styles : chignons, texturisations, perruques…

L’international

Dorénavant, elle vise le cinéma ! Elle apprend le maquillage chez Make up Forever, ce qui lui permet de devenir chef maquilleuse pour un court métrage produit par Arte. Elle se renseigne sur ses droits et, par le biais du Compte personnel de formation et de l’Apdas qui forme les intermittents du spectacle, elle part vivre deux mois à Londres. Grâce à cette étape, elle accède aux Fashion Weeks et finit par travailler pour Luc Besson ! Shootings photos, éditos… plus rien ne lui échappe et, dans un coin de sa tête, elle pense à Frédéric Fekkai, ce jeune coiffeur français découvert sur Sept à Huit, racontant sa success story aux États-Unis. Audacieuse, elle part à New York et demande à le rencontrer. Pour être prise au sérieux, elle s’appuie sur Julien Farel qu’elle a rencontré quand elle travaillait au Ritz. On lui fait alors passer un test sur trois modèles, puis on lui propose de sponsoriser sa venue. Le parcours du combattant commence : elle doit fournir un dossier très convaincant et prouver des compétences extraordinaires avec lettres de recommandations, articles de presse, vidéos, photos… M. Fekkai de son côté, paie 15 000 dollars pour financer les papiers liés à l’obtention de son visa d’artiste. Laurence Ferrari, Luc Besson, Le Parisien et bien d’autres pour lesquels elle a travaillé la recommandent.
Laurence Haim, à l’époque sur Canal +, qui est en lien avec Barak Obama, lui écrit une lettre de recommandation avec le cachet de la Maison Blanche !

Les défis

Nous parlons des synchronicités de la vie, de l’intuition et des rencontres qui permettent au puzzle de sa nouvelle vie de s’assembler et de créer la vie dont elle rêvait. L’aventure Fekkai dure environ un an mais révèle les failles d’un système où l’humain est peu considéré, épié toute la journée, les communautés divisées et cela ne lui convient pas.
Elle se lance alors un nouveau défi et prend la direction d’un petit salon qui ouvre dans Dowtown, malheureusement il ne survit pas à la crise sanitaire. Qu’à cela ne tienne, elle rebondit, et grâce à ces nombreuses expériences, décroche le poste de formatrice technique pour le célèbre groupe Arrojo NY. Elle m’explique comment fonctionne l’école où elle enseigne, et m’indique que la licence cosmétologie coûte 20 000 euros !
Nous parlons de la différence entre les coiffages à la française et à l’américaine, de la lenteur du développement des colorations organiques, du coût d’une coupe pouvant aller de 80 à 1 000 dollars, là où elle travaille. Nous parlons de la reconnaissance de notre métier aux États-Unis, de la valeur ajoutée que nous avons là-bas, de l’énergie que nous pouvons ressentir lorsque nous coiffons, des sponsors et des passeports artistiques…