Achats groupés : la fausse bonne idée pour les coiffeurs ?

Taille du texte: A A A

Shampooings, coupes, couleurs, lissages brésiliens à des prix bradés… Les sites d’achats groupés se multiplient, essaimant leurs bonnes affaires sur Internet. Si les clients s’emballent, certains coiffeurs grognent.

Groupon, Bon privé, Dealissime, Lookingo, Balinea… Depuis plus d’un an, les sites d’achats groupés fleurissent sur le Net. Le principe est simple : chaque jour, les internautes d’une ville inscrits sur ces plates-formes reçoivent par mails des « bons plans » – les « deals » – pour bénéficier de services haut de gamme à prix cassés.

Lissage brésilien pour une centaine d’euros, une soirée dans un restaurant étoilé pour une bouchée de pain ou des séances de palpé/roulé pour une somme dérisoire… Les remises affichées sont au minimum de 50 %. Pas étonnant que les clients affluent et que ces sites se développent vitesse grand V.

Le modèle a particulièrement séduit les coiffeurs.

Comme Mathieu Ceschin, propriétaire du salon Karl Coiffure à Montpellier. « Nous avons toujours des moments où il y a un peu moins de monde. Ces prestations permettent de remplir mon salon. Certes les marges sont moins grandes, mais il y a des bénéfices qui rentrent malgré tout. »

Mais l’engouement pour ce nouveau mode de consommation n’est pas partagé par l’ensemble de la profession. En cause ? La trop forte affluence générée par ces ventes flash (chaque deal ne restant en ligne qu’une journée).

Dans son salon lyonnais, ce coiffeur qui préfère garder l’anonymat avait souscrit un contrat avec un de ces sites d’achats groupés afin de développer son activité. « Nous avons eu plus de 300 appels en une semaine, raconte-t-il. Toutes les clientes voulaient un rendez-vous, j’ai été incapable de répondre à la demande. »

Sur sa prestation, coupe/coloration/soin, au prix initial de 118 euros, il n’en touchait plus que 15, ce qui est largement inférieur à son prix de revient. « Nous devions appliquer une réduction de près de 60 % et, sur le montant restant, nous devions verser 50 % de commission au site d’achat. Dans notre profession, on ne fidélise pas par des prix bas, mais grâce à nos mains. L’affluence ne permet pas de faire du bon travail et le risque est grand de négliger notre clientèle habituelle. »

Du côté des sites d’achats groupés, on assure que tout est fait pour faire une opération marketing réussie. Et on certifie, notamment chez Groupon, que les soucis d’affluence sont de l’histoire ancienne. « Nous avons précisé notre modèle en apprenant auprès de nos partenaires à mieux l’adapter, explique Philippe Jochem, directeur commercial. Depuis le mois de janvier, nous avons “capé nos deals”. C’est-à-dire que nous avons un calculateur de capacité en rapport avec le taux d’activité et la fréquence du commerce. Il y a eu également un apprentissage de la part des internautes qui ont compris que les deals s’étalaient sur une durée de six mois. Notre but est de créer une rencontre entre un commerçant et de nouveaux clients, pas de galvauder son travail. »

Reste que la Fédération nationale de la coiffure (FNC) a mis en garde ses membres qui seraient tentés par l’achat groupé. « L’aventure demeure risquée… »

Anne-Claire Genthialon

Jérôme Guezou et Sébastien Bafcop, invités à la rédaction :

« Les réductions exigées par les sites sont trop importantes… Ils s’enrichissent derrière leurs écrans, confortablement installés, en « saignant » les artisans qui, eux, travaillent au mieux derrière leurs clientes… »