Stéphane Amaru : Coiffeurs cannibales

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Les aberrations de la coiffure

 

Ce matin, je décide d’aller faire toiletter mon chien pour faire sa coupe d’été bien rase. C’est un vrai plaisir pour moi, coiffeur, de ne pas le faire moi-même bien que tout le monde me dise que c’est ridicule de dépenser alors que j’ai tout le matériel. Et puis, quand on aime on ne compte pas, et je suis prêt à dépenser pour le plaisir de la surprise de le voir sortir avec un nouveau style. Bien sûr, son toiletteur est champion de France, je n’ai pas manqué de voir le trophée dans la boutique.

– Bonjour Madame, je voudrais une coupe pour mon chien
– Pas de problème, Monsieur, nous avons un forfait à 65 euros [champion de France tout de même, et à Paris].
– Ok, quand puis-je revenir le récupérer ?
– Nous aurons fi ni dans 45 minutes, mais pour être plus large, venez le récupérer dans 1 heure !

Et en sortant, j’aperçois un salon de coiffure qui affiche en très gros en vitrine : « Forfait coupe homme 8 euros TTC » et « Coupe coiffage femme à 12 euros TTC » (à Paris) (sic). Tiens, le toilettage pour chien plus cher que la coiffure ?

 

 

Le constat

C’est le résultat d’un cannibalisme entre coiffeurs qui a démarré dans les années 1980, avec des concepts basés sur le prix, symbolisé par l’arrivée des chaînes de coiffure. Lentement et progressivement, chacun a baissé son prix en fonction de son voisin en rognant sur les marges et en passant de « raisonnable » à « totalement inconscient ». C’est aussi la raison pour laquelle la moyenne nationale des salaires des coiffeurs équivaut à celle des femmes de ménage !
Ce cannibalisme économique ne va pas s’arrêter car, en plus des prix à la baisse, la micro-entreprise va exploser avec le travail à domicile et la location de fauteuil. La promesse de liberté et d’argent facile va pousser un grand nombre à penser qu’avec rien, et donc en baissant leur prix, ils deviendront auto-entrepreneurs et alterneront domicile et fauteuil loué dans l’un des nombreux salons désespérés économiquement qui n’embauchent plus par peur du contrat de travail !

En allant rechercher mon chien, je vois que la toiletteuse lui offre des friandises. Je règle les 65 euros et commande un VTC. Je raconte au chauffeur ce que j’ai ressenti en constatant que le toiletteur est plus cher que le coiffeur… ! Et là, il m’explique qu’avant d’être VTC il était électricien et salarié avec 1 200 euros pour 35 h/semaine. Il a voulu devenir VTC car une annonce sur Internet lui garantissait un revenu de 2 000 euros net par mois, de conduire la voiture de ses rêves et d’être libre s’il devenait auto-entrepreneur. Hélas, il m’explique qu’aujourd’hui il travaille 50 heures par semaine, 7/7 et n’en tire que 850 euros nets par mois. Il se qualifi e lui-même d’ « esclave économique » et regrette sa position et ses droits de salarié, même si son ancien employeur électricien est prêt à le reprendre, mais plus en CDI cette fois-ci, en auto-entrepreneur… Le cannibalisme économique, c’est pratiquer des prix plus bas que ses charges, c’est faire du domicile en baissant les prix, c’est louer un fauteuil en jouant sur les deux tableaux domicile/fauteuil dans un salon.

Peut-être le métier de toiletteur deviendra-t-il plus valorisant que celui de coiffeur… En attendant, les prestations des toiletteurs pour animaux sont devenues plus chères que celles des coiffeurs. De plus, ils ne font pas de distinction de prix entre mâle et femelle alors que les coiffeurs pensent en majorité qu’un homme ne vaut que la moitié d’une femme !

 

Coiffeurs passionnés, tenez bon ! Ne réduisez surtout pas
vos prix, mais augmentez votre qualité en vous formant !

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