Coiffure solidaire : interview de la « coiffeuse suspendue »

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Véronique Jalby, gérante du salon Oz à Toulouse, est une coiffeuse suspendue depuis le mois de septembre. Grâce aux dons de sa généreuse clientèle, la coiffeuse reçoit gratuitement les plus démunis. Interview.

Crédit photo : Photo DDM, Xavier de Fenoyl

Une coiffeuse suspendue, qu’est-ce que cela signifie ?

Il s’agit d’une formidable initiative solidaire qui mérite d’être saluée. Les prestations traditionnelles de tout salon de coiffure, telles que shampooing, soin, coupe et coiffage, sont ici proposées gratuitement aux plus précaires. Ce système est financé grâce aux contributions solidaires des clients du salon.

Ce concept de coiffure suspendue s’inspire d’une pratique qui avait lieu à l’issue de la Seconde Guerre mondiale à Naples : le caffè sospeso. Cela consistait à commander un café et en payer deux : un pour soi et un autre pour un client désargenté qui en ferait la demande.

La bonne idée a été d’étendre cette pratique à d’autres biens de consommation. Tout le mérite en revient alors aux personnes qui, à leur échelle, prennent des initiatives de ce type. Le seul objectif étant d’aider les gens en difficulté, tant la précarité croît dans le contexte actuel.

Au-delà de la coiffure, une question de dignité

« Il faut aider les gens en difficulté à garder leur dignité, affirme Véronique Jalby avant d’ajouter : Le look est primordial pour des personnes démunies qui veulent passer un entretien d’embauche. » La coiffeuse a d’ores et déjà reçu trois personnes dans son salon. Véronique Jalby entend bien continuer sur la voie de la solidarité et déclare avoir la volonté « d’aider les gens plutôt que de les voir dans la misère ». Surtout quand on sait l’importance accordée par notre société à l’apparence. Vous le savez, la coiffure joue un rôle déterminant dans l’image que l’on donne de soi. Aujourd’hui, le salon est en capacité d’accueillir 35 personnes gratuitement. Quand coiffure rime avec solidarité.

Nous avons alors contacté Véronique Jalby pour lui poser quelques questions quant à la pratique qu’elle est en train de développer dans son salon. La charmante gérante, débordante de bonne humeur et d’optimisme, nous a très aimablement accordé de son temps.

Bonjour Véronique, comment avez-vous eu l’idée de mettre en place cette pratique de « coiffure suspendue » ?

 

C’est un ami coiffeur en Belgique qui a porté cette pratique à ma connaissance. Là bas, le système est bien développé. J’ai alors adhéré à l’association « Coiffeurs Suspendus », basée à Uccle. J’ai tout de suite trouvé l’idée super ! En fait, je suis une personne curieuse et observatrice. Il est vrai que lorsque nous marchons dans la rue, nous croisons régulièrement des personnes démunies. Il faudrait avoir des œillères pour ne pas être témoin de cela. Très vite, le concept de coiffure suspendue m’est apparu comme une réponse que je pouvais apporter, à mon échelle, face à ces difficultés.

Vos clients sont-ils sensibles à cette démarche ?

 

Évidemment ! Les clients sont à fond avec nous. Tout comme les centres d’hébergement avec lesquels nous travaillons. En fait, une personne en situation de précarité doit passer par le biais des travailleurs sociaux et autres éducateurs à qui nous avons délivrés des bons afin de pouvoir disposer des prestations suspendues. C’est donc une véritable chaîne de la solidarité qui se met en place et j’invite les professionnels de la coiffure à me rejoindre dans cette perspective : imaginez que dix coiffeurs sur Toulouse proposent le même type de service, à un rythme de dix personnes prises en charge chaque mois, cela ferait cent personnes à qui nous pouvons venir en aide ! Pour cela, n’hésitez pas à me contacter pour que je puisse à mon tour vous mettre en contact avec l’association des Coiffeurs Suspendus.

De quelle manière entendez-vous faire évoluer ce beau projet ?

 

Je vous parlais de chaîne de solidarité, je suis parvenue à fédérer autour de moi un certain nombre de personnes, cela dépasse désormais le seul cadre de la coiffure. Le 7 décembre prochain nous allons mettre en place une journée de solidarité. En plus de coiffeurs et de maquilleuses qui seront là pour m’épauler, quatre restaurateurs prépareront des repas. L’agence immobilière voisine transformera ses locaux en magasin de vêtements. Nous avons donc besoin de vêtements de jouets, de denrées alimentaires non périssables (à bon entendeur !) et j’ai d’ailleurs rendez-vous demain à la mairie celle-ci doit me prêter du matériel d’installation tel que des chaises… Ce que je désire c’est avant tout de créer des moments de partage. La notion d’échange est fondamentale, j’aime créer les rencontres. Je veux que les gens qui poussent la porte du salon, même s’ils sont dans une situation de précarité, se sentent chez eux.

Au moment de quitter Véronique, nous saluons bien entendu l’entreprise ô combien louable qu’elle met en place en lui disant qu’elle peut être fière du travail qu’elle accomplit. Celle-ci, modestement, répond qu’il n’y a point de fierté personnelle à tirer de cette expérience, mais qu’il s’agit d’une démarche sincère de solidarité et de partage. Chapeau bas Madame Jalby.

Contact : Véronique Jalby, gérante du salon Oz Coiffure,
05 61 62 72 96
19 Rue de l’Industrie,
31000 Toulouse

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