Sans valeur, inadapté, générateur de main d’oeuvre pas chère… Certains coiffeurs ne sont pas tendres avec ce diplôme qui suit le CAP. Pourtant près de 10 000 apprentis sont inscrits en BP. Un chiffre qui a augmenté de près de 30 % en dix ans.
Le BP n’est plus le sésame qu’il était. Créé dans les années 1940, il est obligatoire pour ouvrir un salon. Mais dans la réalité, très peu de jeunes s’installent une fois leur diplôme en poche. Pire encore, pour le coiffeur Alain Florit, le BP non seulement n’atteint pas son objectif premier, mais « il ne vaut plus rien ».
Quand ce professionnel reçoit un CV, « je me fiche de savoir si la personne a un BP, ce que je regarde, c’est son parcours de terrain ».
Un contenu pertinent ?
Critique numéro 1, le décalage entre la formation et la vie concrète d’un salon. C’est pour mieux coller aux attentes des employeurs qu’un nouveau BP a vu le jour à la rentrée 2011. Finie la distinction coloriste/permanentiste et styliste/visagiste. Désormais il n’y a plus qu’un seul et même diplôme.
« Le programme a été rénové et n’est plus si éloigné de la réalité. Coupe, coloration, coiffure du soir…, le BP couvre tout le spectre professionnel », défend Bruno Lefebvre, vice-président de la Fédération nationale de la coiffure, en charge de la formation professionnelle.
Quel cadre pour la formation ?
Pour redonner de la valeur au diplôme, Alain Florit plaide pour que les cours soient donnés par « des professionnels agréés qui ont fait la démonstration de leur savoir-faire ». Évidemment, autre son de cloche du côté des CFA et des
LEP.
« Si la formation était assurée par des pros, il n’y aurait pas la même pédagogie, les élèves n’apprendraient qu’avec des onomatopées “ci, ça” », fait remarquer Isabelle Guillin. Cette enseignante au CFA de Joué-les-Tours assure qu’en plus elle part en stage deux fois par an pour se mettre à jour dans les techniques.
Le revers de la médaille
Le BP, cela ne se passe pas seulement à l’école, mais aussi en salon. Le coiffeur qui s’occupe d’un apprenti bénéficie alors de primes, à l’embauche et à la fin du contrat, et d’exonérations de charges. Un système qui s’est retourné contre les professionnels pour Alain Florit : « Cela a ouvert la porte à tous les salons discount qui récupèrent de la main d’oeuvre à charge réduite. »
Un phénomène à relativiser, selon Bruno Lefebvre de la FNC : « Une entreprise ne peut pas tourner qu’avec des gens en alternance. » Et puis, les apprentis, il faut s’en occuper, les former. « Et en général dans ces salons, il faut surtout aller vite. »
Des jeunes motivés !
Les « pro-BP » concèdent qu’il y a bien sûr des choses à améliorer. « Ce diplôme est devenu un automatisme pour les jeunes », reconnaît Isabelle Guillin. La solution est-elle dans le volontariat ?
Oui, dit Alain Florit. Bruno Lefebvre est lui plus réservé. « Déréglementer, c’est paupériser le secteur. Le BP reste une sélection à l’entrée dans la profession et une sécurité pour le client. »
Pour une partie des coiffeurs, il faut juste accepter que le BP, comme le bac, soit devenu une étape. Pas une fi n en soi.





