Un coiffeur victime d’Irma se confie

Robin à St Martin
Robin à St Martin
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Nous avons échangé avec Robin, coiffeur basé à St Martin et victime d’Irma. Il continue de coiffer.

Originaire de Bretagne, plus précisément de Cra’ch, ce coiffeur au grand coeur est un grand voyageur : il a travaillé à Collonges, Salève, Genève et maintenant St Martin au salon “Silver”. Changement total en outre-mer, loin de ses repères, ce depuis plus d’un an et demi.

 

 

Amoureux de St Martin, où l’ambiance y est d’habitude festive, les week-ends ressemblaient à s’y méprendre à des vacances.

Dorénavant, la ville est désolée depuis le passage d’Irma. Mais Robin, coiffeur, reste vaillant et se rapproche de ses amis d’ici “sa deuxième famille” .

Coiffer le rend heureux.

 

 

Un ouragan sous-estimé laisse place à un réel désastre 

 

Personne ne pensait que les dégâts seraient d’une telle ampleur et allaient complètement changer le visage de St Martin.  Les quartiers les plus pauvres (Sandy Ground, Orléans) sont les plus touchés.

Les toits sont arrachés, les palmiers couchés, briques, bois, tôle jonchent le sol. Les habitants restent sans voix : l’île est une énorme décharge à ciel ouvert, proche de la mer. Un désert de béton et de sable, de débris et de désolation où résonnent pleurs et cris des habitants.

Il faut se nourrir, les instincts de survie reprennent le dessus. Robin cherche de l’eau, de la nourriture avec ses amis. Les gens pillent, les gens ont peur. Robin aussi.

La tension monte entre les habitants, des bagarres éclatent : insécurité, 

commissariats pillés, pas d’internet, pas d’eau, pas d’électricité, pas de nouvelles en dehors de l’île…

 

Repartir du bon pied

 

Robin passe ses journées à explorer, chercher de l’eau et de la nourriture, déblayer, il perd beaucoup de poids, ses journées sont très longues, de 6h du matin à 3h du matin, il est debout. Il fait don de ses affaires (produits d’hygiène, matériel de cuisine, ipad) et de son appartement à une famille haitienne dans le besoin.

Robin emménage chez un ami infirmier, rencontré lors de l’ouragan, qui passe ses journées à soigner les gens.

“Tu sais Robin, ça leur fait du bien de voir quelqu’un de l’extérieur”.

Ces mots résonnent en Robin. Il se motive à reprendre ses affaires de coiffure et s’installe devant le Bar des Amis avec une simple chaise, voisin du salon de coiffure (détruit) où il avait l’habitude de travailler. Il se détend, oublie un peu les soucis, et sourit enfin. Les gens rient de la situation, du paradoxe de se faire couper les cheveux dans les décombres.

“On dirait un peu un film de zombies” dit-il.

 

Un vrai partage

 

Les clients partagent leur expérience avec Robin : l’un s’est retrouvé à devoir nager dans son salon, ino

ndé par la mer, car il y dormait à poings fermés ! Tout le monde vient le voir, on se passe le mot, gendarmes, civils, c’est comme une grande famille.

Il participe aussi à un système de “troc”, si quelqu’un manque de quelque chose, il n’hésite pas à faire passer le message. Il marche toute la journée pour trouver des cheveux à couper, les gens sont surpris par son attirail. Mais quand il coupe, c’est un moment de partage inestimable et hors du temps, où les gens oublient que l’île est dévastée.

 

Une deuxième maison

 

Après cette expérience très éprouvante, Robin est sûr : il ne veut pas quitter St Martin, sa deuxième maison, ni l’abandonner. Même s’il a des envies d’Amérique, il a encore des projets sur place et souhaite encore y rester quelques années.

“Un amour auquel il ne veut pas dire adieu”.

 

Des conditions difficiles

 

Il manque de tout : l’hygiène n’est pas optimale, peu d’eau (de citernes ou dessalée  par les américains). Les gens se lavent à l’eau de mer. Robin peut quand même désinfecter son matériel grâce à son ami infirmier. Talc et lingettes pour nettoyer le front des clients, ce qui est toujours appréciable.

 

Une harmonie dans le chaos

 

Tout le monde se mélange et espère retrouver la beauté d’antan de l’île. Robin ressent moins le racisme des deux côtés, ni les classes sociales, car cet ouragan a détruit beaucoup de choses mais beaucoup ont ouvert les yeux. Les gens sont plus proches, plus… humains.

 

Un simple sourire fait beaucoup.

 

Robin est très fier de son métier de coiffeur. Il rêve d’évoluer dans le massage et veut continuer de voyager, de rêver, de rencontrer.

 

“C’est la richesse d’une vie”.

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