Racines
Je suis née dans le Var à Brignoles, le 20 juillet 1960, fille unique d’un père breton et d’une mère égyptienne. La coiffure n’est pas le métier que j’avais choisi au départ. J’avais plutôt envie d’être psychologue. Mes parents avaient des amis qui tenaient un salon de coiffure à Brignoles, La Toison d’or, et j’allais donner un coup de main pendant les vacances. Je passais le balai, je répondais au téléphone... Le salon était très « cosy » et j’aimais bien voir ces femmes passer des heures à se faire coiffer et à raconter leur vie. Elles repartaient avec le sourire, heureuses d’avoir passé un petit moment de bonheur. J’ai commencé à faire des shampooings, les clientes me donnaient des pourboires. La coiffure a vraiment commencé à me plaire. Quand j’ai eu 16 ans, Josée m’a prise en contrat d’apprentissage pour deux ans. Après, grâce à un job dans un restaurant, je me suis payée un stage de trois jours à Paris. Quand je suis arrivée à l’Inac, à la Fédération de la coiffure, on m’a envoyée chez L’Oréal voir Marie-José, qui plaçait les jeunes coiffeurs. J’étais venue à Paris pour trois jours, vingt-sept ans après j’y suis encore !
Mes débuts
Au départ, j’ai travaillé un an dans un salon en banlieue parisienne, puis dans un grand salon à Bastille, qui comptait trente coiffeurs. Je gagnais très bien ma vie et je suis devenue première coiffeuse en quelques mois. En trois ans, j’étais arrivée au bout de l’expérience et je cherchais un poste de manager. J’ai atterri à Vincennes chez Gil Andrieu. Nous avons démarré à six, dans un salon sur deux niveaux, et nous avons terminé à quinze. En un an et demi, c’était devenu le plus gros salon du Val-de-Marne en chiffre d’affaires. Trois ans plus tard, je commençais à m’ennuyer quand un producteur m’a proposé de faire un clip pour une chanteuse, puis de travailler sur un film d’époque à Chambord, une coproduction francoitalienne sur trois mois de tournage. Je pensais alors que coiffeur rimait seulement avec salon. Là, j’ai compris où était ma place. Pas en salon, mais dans la création.
Mes studios
Je me suis spécialisée dans les films d’époque grâce à Gracia de Rossi. Très réputée, cette coiffeuse de studio avait fait tous les Sissi. Elle m’a prise sous son aile et présenté à des chefs coiffeurs italiens qui venaient tourner en France. J’ai enchaîné les films pendant des années. En 1989, un agent me parle de la Lambada. Je ne savais pas ce que c’était. « Tu n’as pas vu la pub pour Orangina ? J’ai besoin de toi, il faut que tu les relookes. » Je suis partie trois ans en tournée avec eux. À l’époque, ils étaient n°1 un dans soixante pays. J’ai vécu l’Apartheid, la chute du mur de Berlin... Je n’aurais jamais cru que ce métier m’ouvrirait de tels horizons. Après je me suis retrouvée dans le milieu de la télévision, pour des émissions de variétés comme Taratata.
Ma révélation
Je ne savais rien du show. J’ai rencontré Michel Gardet, coiffeur ambassadeur L’Oréal, sur une prise de vue. Il cherchait une équipe de coiffeurs pour un show au Brésil. Là-bas, je me suis éclatée et j’ai commencé par un show pour Intercoiffure, réseau mondial de coiffeurs. Au premier rang dans la salle se trouvaient les pontes de L’Oréal qui cherchaient de nouvelles têtes. Après mon passage sur scène, Alexandre est venu me voir en coulisses en me disant : « Vous êtes une vraie petite fée. » J’ai pris un poste à l’ICD où j’ai créé « Les Jeunes Étoiles ». Je recrutais des coiffeurs studio et des coiffeurs salon. J’ai été directrice artistique de l’ICD pendant deux ans. J’ai signé mon contrat avec L’Oréal en 1993. Je fais partie des quinze coiffeurs ambassadeurs de L’Oréal Professionnel et je suis membre de l’équipe de création de la Haute Coiffure française.
Mon œuvre
J’ai toujours aimé transmettre. Au départ, j’allais former dans des écoles, puis dans des hôtels. J’ai rencontré une femme extraordinaire, une Polonaise qui m’a proposé de venir former son personnel à Cracovie. Elle avait envie de monter une académie Laetitia Guenaou. C’est bientôt notre troisième année d’activité. L’école est ouverte une semaine par mois. Je prends dix coiffeurs à la fois, car je veux faire du qualitatif. Pour transmettre un savoir, il faut être généreux, avoir de l’énergie et de la patience.
Mon rêve
Monter un jour une formation intitulée « le coiffeur et la scène », pour apprendre aux coiffeurs à se déplacer sur une scène, devant des caméras, un public. Expliquer que le seul fil conducteur entre un coiffeur et son public dans la salle, c’est son travail, sa gestuelle, exactement comme un danseur son corps, un chanteur sa voix et un comédien son jeu.